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Rolin Henri (1891-1973)

Portrait de Rolin Henri

Rolin Henri, Marthe, Sylvie socialiste

né en 1891 à Gand décédé en 1973 à Paris

Ministre (guerre et justice) entre 1942 et 1946

Biographie

(Biographie rédigée à partir des informations contenues sur la page du site WWII consacrée à Henri Rolin)

Henri Rolin (1891-1973) est une figure importante de la vie intellectuelle, politique et juridique belge du XXe siècle. Avocat, professeur de droit international à l’Université libre de Bruxelles, sénateur socialiste et brièvement ministre de la Justice, il incarne toute sa vie un engagement antifasciste, démocratique et pacifiste profondément marqué par les deux guerres mondiales.

Issu d’une famille cultivée et influente, Henri Rolin grandit dans un milieu de juristes. Il suit naturellement cette voie en étudiant le droit à Gand.

Pendant la Première Guerre mondiale, il est volontaire dans l’artillerie belge, est blessé à plusieurs reprises et termine la guerre avec le grade de lieutenant. Trois de ses frères meurent pendant le conflit. Cette expérience tragique nourrit chez lui un pacifisme profond et la conviction que le droit international constitue le meilleur moyen d’éviter de nouvelles catastrophes européennes.

Après l’armistice, il travaille auprès de Paul Hymans lors de la conférence de paix et dans les débuts de la Société des Nations. Il est très critique à l’égard du traité de Versailles, qu’il considère comme susceptible de préparer une nouvelle guerre. Néanmoins, il garde confiance dans les institutions internationales et dans les possibilités d’une coopération entre États.

Inscrit au barreau de Bruxelles en 1919, il acquiert rapidement une grande réputation comme avocat. D’abord spécialisé dans les brevets, il se fait surtout connaître par des affaires médiatisées et politiquement sensibles. Il entre à l’Institut de droit international et devient chef de cabinet du socialiste Emile Vandervelde. Son évolution idéologique le conduit progressivement du libéralisme vers le socialisme. En 1931, il adhère officiellement au Parti ouvrier belge.

Elu sénateur coopté en 1932, il conserve ce mandat pendant plus de trente ans. Au Sénat, il intervient sur des sujets très variés, mais se distingue surtout par son engagement en faveur du droit international et de la sécurité collective. Dans les années 1930, il dénonce avec vigueur la montée du fascisme en Europe et critique fortement la politique de neutralité défendue par Paul-Henri Spaak. Son antifascisme devient l’un des traits dominants de son action politique.

Lors de l’invasion allemande du 10 mai 1940, il est rappelé sous les drapeaux comme officier de réserve. Très vite, il constate la désorganisation de l’armée belge et le manque de volonté de résistance de certains responsables militaires. Après la capitulation belge du 28 mai 1940, il est capturé par les Allemands mais parvient à s’évader quelques jours plus tard. De retour à Bruxelles occupée, les Allemands le suspendre de ses fonctions universitaires en 1941. Craignant d’être arrêté comme otage, il quitte alors clandestinement la Belgique et rejoint Londres via la France et l’Espagne.

À Londres, il participe activement à la vie politique belge en exil. Il siège au Conseil regroupant les parlementaires belges réfugiés en Grande-Bretagne et joue un rôle important dans les discussions sur la future répression de la collaboration en participant aux réflexions sur l’adaptation du code pénal belge pour sanctionner les collaborateurs. Même s’il s’y montre favorable à une répression sévère, il exprime aussi certaines réserves sur l’usage de la peine de mort et sur le caractère public des exécutions.

En février 1942, il devient sous-secrétaire d’État à la Défense nationale dans le gouvernement belge en exil. Cette expérience ministérielle tourne cependant court. Ses tentatives de concilier officiers et sous-officiers mécontentent une partie de l’armée et il est finalement écarté par Hubert Pierlot. Malgré cet échec, il poursuit une activité importante au sein de la BBC et des structures alliées. Il contribue notamment à la préparation juridique de la libération de la Belgique en participant aux travaux liés au commandement allié SHAEF et aux Civil Affairs britanniques chargées d’administrer les territoires libérés. Il participe aussi à des discussions internationales sur le jugement des criminels de guerre.

Après la Libération, Henri Rolin revient en Belgique. Sa carrière politique est assez discrète malgré son prestige intellectuel. En mars 1946, il est brièvement ministre de la Justice dans le gouvernement Spaak II, l’un des plus courts de l’histoire belge. Malgré cette brièveté, il intervient dans des dossiers sensibles liés à la répression de la collaboration, et refuse notamment la grâce du nationaliste flamand August Bormsn.

L’un des épisodes politiques les plus importants de sa carrière est l’« interpellation Rolin » de juillet 1946. À cette occasion, il accuse le ministre libéral de la Justice Adolphe Van Glabbeke de porter atteinte à la séparation des pouvoirs en intervenant dans l’interprétation du code pénal relatif à la collaboration économique, et plus particulièrement à l’égard des grands industriels accusés de collaboration économique avec l’Allemagne. Cette interpellation contribue à la chute du gouvernement.

Parallèlement à ses activités politiques, Henri Rolin poursuit une brillante carrière académique et internationale. Après la guerre, il redevient professeur à l’ULB et préside la faculté de droit, représente la Belgique à plusieurs sessions de l’Organisation des Nations unies, siège à l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe, enfin devient juge puis président de la Cour européenne des droits de l’homme.

Dans les années 1950 et 1960, il continue de défendre des causes internationales et humanistes. Il soutient les mouvements de décolonisation, critique l’intervention américaine au Vietnam et condamne en 1968 l’intervention soviétique contre le Printemps de Prague. Jusqu’à la fin de sa vie, il reste fidèle à une vision fondée sur les droits humains, le droit international et l’antifascisme.

Henri Rolin meurt à Paris en 1973 d’une crise cardiaque, laissant l’image d’un intellectuel engagé, souvent solitaire, mais profondément attaché à la démocratie et à la justice internationale.